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Mardi après-midi, j’ai eu l’envie irrésistible d’aller faire de la photographie pour tenter de capter une image qui m’avait frappée quelques temps auparavant. J’étais fébrile à l’idée de retrouver des nacelles élevées vers le ciel, toutes entreposées dans la cour d’un commerçant d’un quartier industriel. «Allons faire de premières ébauches» me suis-je dis avec enthousiasme.
Une fois sur les lieux, je retrouve alors avec joie la mise en scène tant espérée et pars à l’aventure sans plus attendre dans le quartier bruyant, poussiéreux, où les automobiles et les dix roues circulent à une vitesse étonnante. Tout cela m’impressionne un peu et j’ai le désagréable sentiment de recevoir sur moi, à part les sacs de plastique et les déchets qui virevoltent autour de moi, un millimètre de poussière à la minute. J’étouffe. Mais je mets derrière moi ces désagréments avec la ferme intention de capter mes images, espérant trouver l’angle parfait pour saisir mes nacelles. Je fais donc le tour du propriétaire (hors des clôtures bien sûr) en allant et revenant sur mon chemin à quelques reprises.
D’autres images me fascinent pendant mon périple et je suis complètement dans ma bulle. Je repasse pour la troisième fois devant le commerce quand sort de l’entreprise un homme robuste et bien planté, grand et chauve avec des lunettes fumées, vêtu d’une chemise à carreaux rouges et noirs; il s’avance vers moi d’un pas ferme et assuré. Je ne vous mentirez pas, il m’a intimidé un brin. C’est alors qu’il s’approche et me demande sans façon: «Pourquoi prenez-vous des photos ?» petit silence de ma part, étonnée de me faire demander cela… après tout, la vue est publique et je ne suis pas en tort. Mais rapidement je me dis qu’il me soupçonne d’espionnage industriel ou pense que je fais un reportage sur la pollution visuelle. Je réponds alors avec la plus grande sincérité en disant: «Mais parce que c’est beau!». C’est à son tour à garder un silence étonné… J’en rajoute en lui confiant que chaque fois que je passe par là, je m’émerveille de ces nacelles toutes élevées vers le ciel et que les bleus, les rouges et les jaunes sont magnifiques!!!» Il commence à sourire… Et je rajoute naïvement: «Vous savez, j’aime faire de la photo symbolique et tout ça, c’est de la poésie industrielle!…» Et là, je crois qu’il a craqué. Son sourire s’est ouvert davantage et d’un sincère «c’est beau, vous pouvez continuer!», il est reparti dans son entrepôt. Pas un mot de plus. Devant moi en tout cas.
J’ose à peine penser à ce qu’il a dû raconter à ses collègues en rentrant. Peut-être a-t-il suggéré à ses potes de travail qu’il y avait une folle à l’extérieur qui faisait de la «poésie industrielle». J’entends d’ici les rires juteux. Cela m’est égal. Je suis repartie moi-même en riant de ma réplique. Je me suis trouvée drôle ce jour-là. Il m’arrive de me dire aussi que cet homme, pour la première fois de sa vie, a peut-être vu en sa lourde machinerie qu’il côtoit quotidiennement, un peu de beauté et de poésie!…

20 avril 2008 à 6:34 |
Cette histoire est absoluement savoureuse. J’arrive tout à fait imaginer la scène! Le “gros tuff et la rêveuse”… Ce jour là, la beauté a fait son oeuvre; grâce à vous, chère artiste! Et cela se poursuit présentement, en moi… Merci!